
Contribuant peu au réchauffement planétaire mais durement frappée par ses effets, l’Afrique se mobilise pour faire entendre sa voix dans la lutte contre le changement climatique. Entre sécheresses intenses, inondations dévastatrices et avancée du désert, le continent subit de plein fouet les dérèglements climatiques, il y perd déjà en moyenne 2 à 5 % de PIB par an en catastrophes naturelles. Pourtant, l’Afrique n’est responsable que d’une infime part des émissions mondiales de gaz à effet de serre (autour de 3 %). Ce paradoxe a placé l’Afrique en première ligne du combat climatique : à la fois victime vulnérable et actrice clé de la transition écologique globale.
Victime du changement climatique, malgré elle. De la fonte des glaciers du mont Kilimandjaro à l’élévation du niveau de la mer menaçant les côtes du delta du Nil, les signes du changement climatique sont visibles dans toute l’Afrique. Les populations rurales, dépendantes de la pluie pour leurs récoltes, observent impuissantes l’irrégularité croissante des saisons. Paradoxalement, alors même que l’Afrique affiche l’une des plus faibles empreintes carbones par habitant au monde, ce sont les agriculteurs du Sahel, les éleveurs de la Corne de l’Afrique ou les pêcheurs du golfe de Guinée qui payent le prix fort du réchauffement. Sécheresse historique au Madagascar asséchant les sols et poussant à l’exode, cyclones à répétition ravageant le Mozambique et les îles de l’océan Indien, inondations record au Nigeria. Ces événements extrêmes deviennent plus fréquents et sévères, mettant en péril des millions de vies et de moyens de subsistance.
Une mobilisation africaine grandissante. Face à ce constat, les pays africains n’ont pas l’intention de rester des victimes silencieuses. Au contraire, une dynamique panafricaine se renforce pour exiger la justice climatique et accélérer l’action. Lors des grandes conférences internationales (COP Climat), la voix de l’Afrique se fait de plus en plus entendre pour réclamer des engagements ambitieux de réduction d’émissions de la part des pays industrialisés et des mécanismes de financement adaptés aux besoins du Sud. En septembre 2023, le premier Sommet africain sur le climat à Nairobi a posé les bases d’une position commune du continent : insister sur l’urgence de soutenir l’adaptation en Afrique, mettre en avant les opportunités d’énergies renouvelables et d’économie verte sur le continent, et demander des réformes du système financier international pour mieux prendre en compte les vulnérabilités africaines.
Des solutions durables portées par l’Afrique. Loin de se limiter à des revendications, l’Afrique propose aussi des solutions. Plusieurs pays ont adopté des plans climatiques ambitieux : le Maroc et l’Égypte investissent massivement dans l’énergie solaire et éolienne, l’Éthiopie mène un vaste programme de reboisement (initiative “Vert Addis”), le Rwanda développe un modèle d’économie verte et résiliente, le Sénégal mise sur l’agroécologie pour sécuriser son agriculture. Au niveau régional, des initiatives comme la Grande Muraille Verte – cette bande végétale qui doit traverser le Sahel d’ouest en est visent à restaurer les écosystèmes tout en créant des emplois locaux. La société civile et la jeunesse ne sont pas en reste : de jeunes activistes africains, à l’image d’Ajeya de Kampala ou d’Aïssata de Dakar, sensibilisent aux enjeux climatiques et proposent des projets innovants (recyclage, permaculture urbaine, technologies propres).
Vers une justice climatique. L’Afrique joue désormais un rôle moteur pour repenser la lutte climatique à l’échelle planétaire. Elle rappelle aux nations riches leur responsabilité commune mais différenciée, et milite pour une justice climatique où les pays vulnérables reçoivent un soutien adéquat. Surtout, le continent met en avant une vision du combat climatique indissociable du développement durable : protéger la planète tout en éradiquant la pauvreté et en offrant des opportunités économiques aux populations. Ce leadership africain dans la “bataille du climat” est porteur d’espoir : il laisse entrevoir une coalition mondiale plus solidaire et des solutions plus inclusives, où l’Afrique ne serait plus la première victime du climat, mais un pilier d’une transition écologique équitable pour tous.
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